Tous vivent encore chez leurs parents et vivent de missions intérim et de CDD. «Mais l'intérim, ça marche pas très fort. Alors, si je peux trouver un vrai boulot en CPE, je suis preneur», poursuit Mkeba, 21 ans, sans emploi malgré son BEP d'électromécanique. Le CPE suscite chez ces jeunes un espoir, même si un défaitisme bien ancré leur fait croire qu'ils seront, quel que soit le contrat de travail, les éternels oubliés de la croissance. «Est-ce qu'un patron qui ne veut pas d'Arabe le prendra plus en CPE ?», se demande Khalid, qui a un BEP de plomberie, mais pas d'activité. «Disons qu'il pourrait au moins essayer. Car il sait qu'il peut te virer facilement», avance Rayan, 20 ans, qui fait des études de comptable.

«Les patrons peuvent-ils imposer un temps partiel en CPE ?», s'interroge aussi Leila, 22 ans, serveuse en CDI, mais à mi-temps dans la restauration rapide. «Parce que 520 € pour vivre, ça ne suffit pas...». Au pied de cette cité, aux portes de Paris, chacun voit le CPE à l'aune de ses rêves ou de ses craintes, en mélangeant des extraits de journaux télévisés. «Tu ne pourras pas louer un appart, ni acheter une voiture, ni même avoir une carte de crédit si tu es en CPE», croit savoir Arnaud. Tandis que d'autres assurent qu'ils auront «plus d'indemnités chômage». «Je ne sais pas quoi penser du CPE. Mais, pour une fois, on parle du chômage des jeunes des quartiers», souligne Djouri, 26 ans, titulaire d'un DESS de droit fiscal, surveillant dans un internat, faute de réponse à ses 300 candidatures !

La «précarisation de la jeunesse» dénoncée par les manifestants anti-CPE les fait de toute façon sourire. «Les fils à papa qui jouent à Mai 68 veulent tous être fonctionnaires», ironise Dylan, 20 ans et déjà deux ans de galère, qui remarque : «Ils se mettent à casser, mais, eux, on ne les traite pas d'émeutiers !».